Atlas social de la France
Pour un autre récit des inégalités dans l’espace national
Cet atlas est d’abord un atlas social, son ambition est de rendre compte de la dimension spatiale des hiérarchies et inégalités sociales qui structurent la France contemporaine. Ce projet est né d’une insatisfaction collective face aux visions simplificatrices et caricaturales qui structurent trop souvent le débat public national en matière de géographie : France « périphérique », « des métropoles », des « sous-préfectures », « des pavillons », « des ruralités », « des tours », etc. Notre ambition est donc également politique, au sens où il s’agit de contribuer à ce débat public en y apportant notre expertise académique disciplinaire1.
Un atlas de plus ?
La production de cartes est devenue de plus en plus accessible, et on en trouve fréquemment dans des essais, dans la presse ou sur les réseaux sociaux. C’est bien sûr une chance – et même une sorte de consécration pour la géographie – que de voir l’usage des outils cartographiques se diffuser ainsi, mais c’est aussi un risque car les cartes sont des dispositifs puissants et performatifs, qui peuvent construire et alimenter des récits biaisés ou erronés à propos de l’espace français et de ses divisions, à l’image de la rhétorique autour des « fractures » françaises. Mais les cartes peuvent aussi participer à déconstruire ces récits dans une perspective critique, et c’est précisément ce à quoi nous souhaitons contribuer. Pour cela, il s’agit de rendre accessible les connaissances produites par la géographie et les sciences sociales à un public plus large que le seul lectorat académique.
Les angles d’analyse des planches qui composent cet atlas sont pensés au prisme d’une géographie des inégalités et des rapports sociaux de domination: clivages d’âges et de générations, rapports sociaux de genre, inégalités de scolarisation et de formation, enjeux migratoires et postcoloniaux, division et ségrégation socioprofessionnelles, polarisation des comportements électoraux, crise de l’accès au service public de santé, inégalités environnementales et écologiques articulées avec les hiérarchies sociales, etc. Ces planches s’appuient essentiellement sur des données quantitatives issues de grandes enquêtes de la statistique publique (recensement de l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques, chiffres de la Direction Générale des Impôts sur les revenus, indicateurs de précarité de la Caisse d’Allocation Familiale…), mais aussi et de manière plus ponctuelle et complémentaire sur des approches qualitatives. Parce que la capacité à articuler les niveaux et échelles est fondamentale en géographie, les analyses proposent à la fois des éléments de cadrage national qui reposent sur des données récentes – tout en prenant de la profondeur historique si nécessaire – et des décrochages sur des cas locaux ou régionaux au gré des enjeux thématiques.
La question de la maille de mesure et de représentation comme enjeu majeur
Trop souvent, y compris chez les géographes, nous travaillons de manière cloisonnée entre les spécialistes des dynamiques urbaines et ceux des mondes ruraux. Nous avons donc cherché à dépasser ce cloisonnement en cartographiant les indicateurs sociaux dans l’ensemble de l’espace français afin de ne pas isoler les espaces urbains (souvent saisis dans des périmètres préétablis comme ceux de la ville-centre, des Etablissements Publics de Coopération Intercommunale ou des aires d’attraction des villes telles que définies par l’INSEE) vis-à-vis des espaces ruraux, tout en conservant la possibilité d’observer les dynamiques intra-urbaines dans un maillage très fin car c’est au cœur des villes que les inégalités sont les plus fortes. C’est pourquoi, dès que les données le permettent, nous avons travaillé avec une maille d’observation originale et inédite qui permet de dresser une géographie de la France dans un peu plus de 20 000 unités spatiales, depuis le 8ème arrondissement parisien jusqu’à Saint-Denis… de la Réunion parce que la France dite « d’Outre-Mer » est trop souvent oubliée des cartes et des discours.
Un collectif, pour informer le débat public et ouvrir la production scientifique
Notre collectif éditorial implique des chercheurs et des ingénieurs couvrant différents champs thématiques, expertises techniques et orientations méthodologiques au croisement de la géographie sociale et de la géographie quantitative. Ce collectif fait ainsi dialoguer plusieurs courants de la discipline, chacun ayant historiquement développé des atlas. C’est le cas de la géographie sociale telle qu’elle s’est structurée à partir des années 1980 autour d’une analyse des «questions sociales», restituant les recherches en produisant des atlas locaux (sur des cas urbains à l’image de l’Atlas social de Nantes qui a nourri ce projet, comme sur des mondes ruraux), régionaux ou nationaux. C’est aussi le cas de la géographie dite «théorique et quantitative», avec la somme majeure que constitue l’Atlas de France produit par le groupe « Reclus » dans la seconde moitié des années 1990. Enfin et en 2025, un autre collectif réunissant des démographes et des géographes a fait paraître un Atlas de la population française, également animé par la volonté d’éclairer scientifiquement le débat public autour des enjeux démographiques.
Pour finir, précisons que la conception de cet Atlas Social de la France a été pensée autant que possible dans une perspective de science ouverte et s’appuie pour l’essentiel sur des outils libres, que ce soit pour l’édition électronique, pour le traitement et la visualisation des données, ou pour leur dépôt et stockage dans des conditions optimales de souveraineté numérique et scientifique. Cette démarche vise à favoriser des pratiques scientifiques reproductibles, à accroître la légitimité des constats opérés, et à ouvrir les possibilités de réutilisation des données mobilisées à des publics larges.
Quelques références bibliographiques pour aller plus loin
- Bermond, M., Jousseaume, V., Margétic, C., Marie, M. (2014). Atlas des campagnes de l’Ouest, PUR.
- Brunet, R., Auriac, F., Saint-Julien, T., coord. (1995 à 2001). Atlas de France, Reclus-La documentation française.
- Caro, P., Rouault, R. (2010). Atlas des fractures scolaires en France. Une école à plusieurs vitesses, Autrement.
- CERA, coord. (1987 à 1994). Atlas social de Basse-Normandie, PUC.
- Doignon, Y., coord. (2025). Atlas de la population française, CNRS Éditions.
- Fournier, J.-M., coord. (2020 [numérique] et 2022 [papier]). Atlas social de Caen. De l'agglomération à la métropole ?, version numérique sur [https://atlas-social-de-caen.fr/], version papier aux PUR.
- Hérin, R., Rouault, R. (1994). Atlas de la France scolaire, de la maternelle au lycée, Reclus-La documentation française.
- Madoré, F., Rivière, J., Batardy, C., Charrier, S., Loret, S., coord. (2019 [numérique] et 2024 [papier]), Atlas social de la métropole nantaise. Au-delà de la ville attractive, version numérique sur [https://asmn.univ-nantes.fr], version papier aux PUR.
Notes
1 Cette introduction délibérément synthétique accompagne le lancement de la version numérique de notre atlas social. La parution de sa version papier en 2027 sera enrichie d’une introduction proposant un état des lieux plus académique des atlas décrivant l’espace français et ses habitants.
Popsu
Construit par son collectif éditorial en toute indépendance scientifique, le projet de l’Atlas Social de la France a été soutenu par le programme de recherche-action POPSU Transitions. Celui-ci rassemble les savoirs scientifiques et l’expertise opérationnelle en « circuit court » pour positionner la recherche au service de l’action locale et nationale et des grandes mutations des territoires. L’objet de ce programme de la Plateforme d’Observation des Projets et des Stratégies Urbaines lancé en 2023 est de documenter, mesurer et accompagner les politiques territoriales de transitions dans les domaines de la lutte contre le changement climatique, ainsi que les transformations en matière économique, sociale, numérique, culturelle, démocratique.
Dans une perspective pluridisciplinaire, le programme combine des approches visant à qualifier et quantifier les trajectoires territoriales en mesurant les contributions des territoires aux politiques nationales de transitions socio-environnementales. Évidemment, s’agissant d’un Atlas social, le propos a été construit, dans certaines planches, autour des structures sociales dans le cadre desquelles s’opèrent les politiques de transitions. Les thématiques portent donc par exemple sur l’équité ou la justice sociale, la santé et l’accès aux soins, le vieillissement, l’adaptation et l’amélioration énergétique des logements, le monde du travail, les mobilités (sociales, résidentielles, du quotidien), l’exposition et la vulnérabilité sociale aux risques, la valeur verte, les mouvements sociaux notamment liés aux transitions et à l’environnement.
Les plateformes POPSU Transitions

Sources : Popsu Transitions. Carte : A. Beroud, S. Charrier, 2026, CC 4.0 BY
Mode d’emploi : Quand la thématique d'une planche s’y prête, celle-ci fait l’objet de décrochages et zooms locaux, elle est alors labellisée :

Un outil de sélection des résultats pour les plateformes POPSU permet d’opérer des requêtes et des onglets de visualisation clairement identifiés permettent des décrochages sur les 23 territoires des plateformes de recherche POPSU. Ceux-ci sont invités à soumettre des textes de commentaires sur les géovisualisations qui leur paraissent pertinents, et qui seront consultables sur l’onglet « POPSU » des planches. Ces propositions de contributions (courtes) seront soumises au comité éditorial de l’Atlas et fortement distinguées des contributions scientifiques des auteur.es des planches.
Citer ce document
Renaud Le Goix, Antonine Ribardière et Jean Rivière, 2025 : « Atlas social de la France », in R. Le Goix, A. Ribardière, J. Rivière & alii, Atlas Social de la France [En ligne], eISSN : 3100-0797, mis à jour le : 26/02/2026, URL : http://atlas-social-de-france.fr/index.php?id=947, DOI : https://doi.org/10.48649/asf.947.
Auteur.e.s
Plan
Glossaire
- RIATE - UAR-2414
- Centre pour l'analyse spatiale et la géovisualisation
- Université Paris Cité
- Bâtiment Olympes de Gouges - Salle 707
- Place Paul Ricœur
- 75013 Paris
- Géographie-cités - UMR-8504
- Bâtiment de recherches sud
- 5, cours des Humanités
- 93322 Aubervilliers cedex
Sommaire
- Ménages et familles : cohabiter sous le même toit
- Ages et générations : naître, grandir, vieillir
- Classes et fractions de classe à la maison : vivre entre-soi, habiter où on peut
- Pauvreté et richesse : survivre, galérer, accumuler
- Appart' et maisons : résider, rénover, adapter
- Luttes et mobilisations : manifester, bloquer, être réprimé·es



















